La guerre des générations
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On le sait, d’un côté on a les anciens tatoueurs et de l’autre, les nouveaux. C’est bien connu, il est censé y avoir une rivalité entre ces deux ères. Entre ceux qui disent : « les anciens sont tous des connards qui exploitent les gens » et les : « les nouveaux sont tous des branleurs et c’est à cause d’eux qu’on n’a plus de clients ». C’est sacrément folklorique.
J’ai l’impression de ne faire partie d’aucun de ces extrêmes-là. En ayant commencé il y a 11 ans, je suis pile entre les deux. Cette place me permet d’observer un spectacle certes divertissant mais surtout vain haha.
Les anciens se sentent dépassés par la manière dont le métier et l’économie évoluent. Ils refusent de s’adapter aux nouveaux moyens de communication et souhaitent faire « comme avant » parce que tu comprends, « avant c’était mieux ».
Avant c’était mieux si tu répondais aux standards du milieu. Avant, on était beaucoup moins nombreux parce que c’était un milieu fermé et aux antipodes de l’inclusivité. Pas besoin de faire de la com quand on est 3 dans une ville, le bouche-à-oreille suffit et si t’étais pas publiquement le dernier des connards, t’avais du taf. Avant, c’était marche ou crève et on avait le droit de réussir que si on en avait vraiment chié.
Les nouveaux, eux, refusent ce fonctionnement, refusent de se faire exploiter sous prétexte que « ça a toujours été comme ça ». Donc ils se lancent en autodidactes, ils apprennent seuls ou entre débutants. On peut clairement pas les blâmer pour ça, perso si j’avais pu éviter de me faire taxer 50 %, je l’aurais fait aussi !
Cette génération, étant repoussée par les anciens, n’a pas hérité des codes du métier et on se retrouve avec des prix cassés au détriment de la qualité. Puisque trouver un apprentissage n’est plus la seule route envisageable pour commencer, le nombre de nouveaux a explosé et chacun.e peut se prétendre professionnel.
Je pense qu’il y a de très bonnes choses à garder des deux générations, il faut en extraire le meilleur.
Si t’es un ancien qui souhaite faire preuve de souplesse et d’adaptation, inspire-toi des nouveaux. Et si t’es un nouveau, inspire-toi des codes, de l’exigence et des connaissances de (certains) anciens.
Je crois fermement que cette période, où on est des millions à tatouer et où il n’y aurait pas de travail pour tout le monde, n’est qu’un passage.
Tous les vieux aigris finiront par en avoir marre de ne pas être adaptés et les nouveaux qui font ça pour la fame ou l’argent se rendront compte que c’est pas si facile que ça d’en vivre.
D’ici là, pour toi qui cherches à t’améliorer, je te souhaite plein de courage pour traverser la tempête. Le monde du tattoo est aussi épuisant que valorisant, t’es pas seul.e à te poser des questions 💖